La fragmentation comme horizon – et la nécessité du chaos
Désintermédiation rime souvent avec atomisation. Plus de 800 000 artistes ont sorti au moins un titre sur Spotify en 2023 (source : Luminate Year-End Music Report), mais seuls 42 500 réalisent plus de 10 000 dollars annuels. Ce chiffre, stable depuis trois ans, prouve que saturer le pipeline n’a pas miraculeusement multiplié les gagnants.
Le risque, dès lors : une pyramide où, sous le flamboiement de la scène DIY, subsiste une élite algorithmique resserrée. Le modèle de l’indépendance ultime, célébré comme un Graal, laisserait alors place à une myriade de carrières gig, menues mais plus libres, évoluant aux marges, entre réseaux solidaires et communautés engagées.
Mais c’est peut-être dans cette cacophonie que s’invente l’avenir du son. Là où les modèles s’effritent, d’autres se croisent, confluent, ouvrant la voie à une pluralité de chemins. La désintermédiation, inachevée, n’est qu’un phaseur dans un grand mix dont nous ignorons encore tous les mouvements. Le vertige n’est pas une fin : c’est la promesse d’une réinvention permanente, hors des codes établis, à chaque cycle de la boucle.