Mécanismes de redistribution : autopsie d’un modèle bancal
Le modèle “pro-rata” ou le triomphe des géants
En coulisses, la logique dominante du “pro-rata” arase toute singularité : la totalité des revenus générés par les abonnements est mise dans un pot commun, répartie en fonction du nombre total d’écoutes. Les artistes les plus écoutés raflent ainsi la mise. Les indépendants, eux, flottent à la surface, portés par quelques vagues de fans fidèles, jamais assez haut pour s’extraire du bruit.
- Pour 1 million de streams sur Spotify, l’artiste touche entre 2 000 et 4 000 euros selon les intermédiaires (source : SNEP, 2023).
- Un stream rapporte en moyenne 0,003 à 0,005 dollar – une poussière numérique.
Ce système a creusé le fossé. Billie Eilish, Drake, Taylor Swift dominent les playlists mondiales, boostés par les algorithmes. Pendant ce temps, la fragmentation extrême des audiences condamne la plupart à l’invisibilité et à la précarité.
L’alternative “user-centric” : espoir ou mirage ?
Porté par Deezer et soutenu par la SACEM, le modèle “user-centric” redistribuerait l’argent de chaque abonnement uniquement aux artistes effectivement écoutés par l’utilisateur. Plus juste ? Sur le papier, oui. Dans la pratique, le bouleversement serait limité, n’impactant que certains genres ou niches. Une expérimentation lancée par Deezer en France (2023) montre une redistribution plus équitable envers le jazz, le classique, les musiques indépendantes – mais un effet modeste sur l’ensemble du secteur.
- Selon Deezer, les revenus de certains artistes indépendants pourraient augmenter de 10 à 20% via le modèle user-centric.